Hayun, héroïsme et esprit d’initiative israélien à bord d’un vol Flydubai
Comme toute bonne famille juive, nous utilisons abondamment notre groupe WhatsApp pour nous envoyer tout ce que nous trouvons sur Internet et qui nous paraît un tant soit peu amusant.
Mais parfois, le mème drôle qu’on vient de partager véhicule en réalité un message plus profond et plus poignant.
Le 30 septembre, mon père a envoyé à notre famille, sur WhatsApp, un dessin humoristique qui conseillait aux personnes confrontées à une attaque terroriste à bord d’un avion de « repérer l’Israélien le plus proche ». Dégagez l’allée, laissez-le s’en occuper et « profitez de votre atterrissage en toute sécurité ». Après avoir souri un instant, je me suis demandé d’où venait cette idée de « repérer l’Israélien le plus proche ». Existe-t-il une autre nation au monde qui se soit forgé une telle réputation de bravoure et d’abnégation qu’on puisse plaisanter – ou plaisanter à moitié – en affirmant que trouver son ressortissant le plus proche est la meilleure chance de survivre à une attaque terroriste ?
D’abord, le contexte. Le 30 septembre, à 7 h 05, heure de Dubaï, le vol FZ1073 de flydubai a décollé de l’aéroport international de Dubaï à destination de Tel-Aviv. Le Boeing 737 MAX transportait 170 passagers, presque tous israéliens. Vers 9 h 21, l’avion a perdu 17 000 pieds d’altitude en environ deux minutes. À 9 h 31, il a émis un signal d’urgence générale, puis, à 9 h 38, un signal de détournement. À 10 h 58, il atterrit sans encombre à l’aéroport international de Tabuk, en Arabie saoudite. Des informations ont immédiatement circulé selon lesquelles le copilote, le ressortissant omanais Hamam al-Hammami, avait poignardé le commandant de bord, le ressortissant indien Smit Machhar, et comptait précipiter l’avion sur le terminal de l’aéroport Ben-Gourion pour faire un grand nombre de victimes. Finalement, un groupe de passagers israéliens et le commandant de bord blessé ont maîtrisé al-Hammami et réussi à faire atterrir l’avion en Arabie saoudite.
Alors que les enquêteurs émiratis s’efforcent encore de faire toute la lumière sur les événements, al-Hammami a déjà reconnu qu’il préparait depuis longtemps une attaque terroriste contre l’aéroport Ben-Gourion et que les attentats du 11 septembre lui avaient donné l’idée de devenir pilote afin de perpétrer une attaque semblable, faisant un grand nombre de victimes, au nom de l’extrémisme violent. Mais, dans son grand plan, al-Hammami avait négligé un facteur susceptible de le faire échouer : les Israéliens.
Yaniv Hayun, un passager israélien à bord du vol, a réussi à sortir l’avion de sa descente vertigineuse sans avoir suivi la moindre formation officielle en pilotage. Hayun a tiré sur le manche avec suffisamment de force pour redresser l’appareil, mais pas au point de causer davantage de dégâts. S’il avait hésité ne serait-ce que cinq secondes de plus, il aurait été impossible d’enrayer la descente. Comment Hayun savait-il quoi faire ? Lors d’une rencontre avec le premier ministre israélien [ancien premier ministre s’il perd les élections] Benjamin Netanyahu, il a expliqué avoir appris à tirer sur le manche en regardant la série documentaire canadienne sur l’aviation Mayday. Steve Ganyard, ancien pilote de chasse, a déclaré à ABC News qu’il était stupéfiant que Hayun ait pu réussir une manœuvre aussi cruciale simplement après l’avoir vue à la télévision.
Les gestes de Hayun témoignent de plusieurs qualités essentielles. Du courage, bien sûr. Il faut être prêt à risquer sa vie pour atteindre son objectif lorsqu’on tente de sauver un cylindre d’aluminium en chute libre dans le ciel. Mais Hayun a aussi fait preuve d’une certaine audace, presque de démesure. Je parierais que 99 % des gens qui ont regardé Mayday n’auraient pas eu le cran de tenter de stopper un piqué à grande vitesse dans une situation où la moindre erreur pouvait coûter la vie à des dizaines de personnes. Hayun, lui, avait confiance en sa capacité à y parvenir. Surtout, Hayun et les autres passagers qui ont contribué à sauver l’avion ont manifesté une qualité typiquement israélienne : l’esprit d’initiative. Le sentiment qu’il leur appartenait personnellement de remédier à la situation dans laquelle ils se trouvaient. Hayun n’a pas attendu que l’un des deux pilotes qui voyageaient à bord comme passagers prenne les commandes. Il a vu qu’il fallait agir, et il l’a fait. D’une certaine façon, Hayun a incarné cette célèbre maxime des Pirkei Avot : « Il ne t’appartient pas d’achever la tâche, mais tu n’es pas non plus libre de t’y soustraire. »
Des personnes comme Yaniv Hayun, les autres passagers de cet avion, celles qui se sont rendues dans les localités aux abords de Gaza pour défendre Israël le 7 octobre, celles qui se sont mobilisées partout dans le monde pour faire entendre la cause des otages, les nombreuses personnes qui ont pris des nouvelles de leurs voisins vulnérables au fil d’innombrables frappes de missiles et tirs de roquettes, ainsi que les 80 % du pays qui ont voté aux élections : voilà autant de raisons pour lesquelles le mème WhatsApp de mon père m’a si profondément touché. Chez eux comme à l’étranger, les Israéliens continuent de faire preuve d’un courage et d’une détermination remarquables, ainsi que d’un instinct discret (ou pas si discret) qui les pousse à prendre les devants et à agir lorsque la situation l’exige, plutôt que d’attendre passivement que quelqu’un d’autre passe à l’action. Nous avons tous de quoi nous inspirer du remarquable caractère israélien dont les passagers du vol FZ1073 de flydubai ont fait preuve ce matin où tout a basculé.



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