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Considérations importantes : Interdiction de la prière à l'extérieur

  • Melissa Basal
  • 8 nov. 2025
  • 3 min de lecture

Le gouvernement du Québec a déposé un nouveau projet de loi visant à interdire les prières dans les espaces publics. Bien que la définition juridique précise d’« espace public » n’ait pas encore été déterminée, il est plausible de supposer que ce projet de loi pourrait avoir un impact disproportionné sur la communauté juive. D’un point de vue communautaire, cette interdiction législative peut limiter les événements religieux et les cérémonies publiques, qui sont des expressions importantes d’unité au sein de la communauté juive. À l’échelle individuelle, cette législation pourrait restreindre les Juifs orthodoxes dans l’accomplissement de leurs obligations religieuses.


L’impact sur les fêtes et événements religieux


De nombreux rassemblements juifs ont lieu tout au long de l’année en raison des nombreuses fêtes juives. Un exemple est Souccot, pendant laquelle « les Juifs… construisent des huttes comportant au moins deux murs… [et] lorsque la fête commence, les pratiquants habitent ces huttes, partiellement ou totalement » (« Souccot | Judaïsme »). Durant cette fête, de nombreuses institutions juives, telles que les centres Chabad, les centres communautaires juifs et les synagogues, organisent des événements communautaires et invitent le public à participer à la prière et à célébrer dans une souccah. Si beaucoup de souccot sont construites sur des propriétés privées, certaines sont installées dans des parcs, sur des campus ou dans d’autres espaces publics afin d’être accessibles à ceux qui n’ont pas la place d’en construire une chez eux. Selon la législation proposée, ces souccot publiques pourraient devenir juridiquement ambiguës. Si des prières ou des chants religieux y étaient audibles pour les passants, cela constituerait-il une violation de l’interdiction ? Cette incertitude montre comment la définition floue d’« espace public » dans le projet de loi pourrait mettre la communauté juive en difficulté lorsqu’elle pratique sa foi publiquement.


L’impact sur les individus ultra-orthodoxes


La population juive de Montréal était d’environ 90 250 personnes en 2021 (Fédération CJA). Au sein de ce groupe, il existe une communauté orthodoxe et ultra-orthodoxe significative. Beaucoup d’individus orthodoxes et ultra-orthodoxes suivent des obligations de prière structurées, incluant la prière trois fois par jour à des heures fixes. Certaines prières doivent être récitées à des moments précis et, dans certains cas, avec un minyan (quorum de dix adultes). Ainsi, la prière publique peut parfois devenir une nécessité plutôt qu’un choix. La communauté hassidique à elle seule est estimée à plus de 10 000 personnes à Montréal. Cela suggère que des milliers de Juifs orthodoxes pourraient être directement affectés par l’interdiction proposée de la prière publique, car elle pourrait restreindre leur capacité à accomplir des devoirs religieux essentiels.


L’impact sur les cérémonies publiques


L’interdiction législative trouve son origine dans des préoccupations liées aux prières musulmanes organisées lors de manifestations pro-palestiniennes. Comme l’a déclaré le Premier ministre François Legault : « Voir des gens qui prient, dans les rues, dans les parcs publics, ce n'est pas quelque chose qu'on souhaite au Québec. » Legault faisait spécifiquement référence aux prières musulmanes qui ont eu lieu devant la basilique Notre-Dame de Montréal lors d’une manifestation pro-palestinienne (Global News). Cependant, la loi est large et risque d’affecter injustement d’autres groupes religieux, tels que les Juifs, dont les prières publiques ne sont pas de nature politique mais sont plutôt des expressions d’unité et de résilience. Les rassemblements de la communauté juive depuis le 7 octobre ont été principalement pacifiques, contrairement aux manifestations pro-palestiniennes plus politisées. Les récentes manifestations pro-palestiniennes ont parfois perturbé le public par des actions telles que le blocage de la circulation et l’interdiction d’accès aux campus universitaires. De nombreuses cérémonies publiques, veillées et commémorations ont été organisées pour honorer les victimes des attaques et prier pour les otages israéliens à Gaza. Ces rassemblements incluent généralement des prières collectives et des moments de réflexion, qui sont des expressions puissantes de solidarité au sein de la communauté juive. Ces événements ont renforcé les liens communautaires et démontrent le rôle que la prière publique continue de jouer dans la communauté juive. De plus, les cérémonies commémoratives de la Shoah, qui incluent souvent des prières et des lectures publiques, pourraient également être affectées par cette interdiction.


Le projet d’interdiction de la prière publique soulève des questions complexes sur l’équilibre entre la laïcité et la liberté religieuse au Québec. L’ambiguïté du projet de loi pourrait restreindre involontairement des pratiques religieuses pacifiques qui sont fondamentales pour la communauté juive. Si le gouvernement du Québec décide d’aller de l’avant avec cette loi, il est essentiel qu’il clarifie la définition d’« espace public » et veille à ce que la législation fasse la distinction entre les manifestations politiques et les observances religieuses. Prendre ces mesures permettrait de protéger à la fois les valeurs laïques et les droits religieux au sein de la société québécoise, riche de sa diversité.


 
 
 

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